Mondialisation et Etat providence (VII)

Publié le par Sylvain Altazin (Dionys)


  • « Less-objection program »

 

Les multiplicateurs d’impact (d’une déclaration, d’une décision, d’un mot de trop) que sont aussi les mass media obligent déjà les hommes en charge à un surcroît de retenue verbale, par peur de ces précipités plus ou moins explosifs qui peuvent naître à tout instant d’une phrase sortie de son contexte ou une boutade par malheur enregistrée. La « prudhomesque platitude des propos ministériels » [1] a donc une excuse pour ainsi dire défensive. A quoi s’ajoute un calcul plus offensif. Le marketing recommande les choix fédérateurs aux heures de grande écoute pour ne pas scinder les familles, gauche et droite, jeunes et vieux ensemble. « Selon la règle du « minimax » politique, ou comment toucher le maximum de clients avec le minimum de risques, la réponse type est le « less-objection program », celui qui ne choquera aucune communauté en respectant les normes minimales du bien-penser et du savoir-vivre. »[2] Journal unique, discours unique, pensée unique. A ce jeu, malheureusement, nos hommes publics, sont condamnés à être consensuels dans la forme comme sur le fond [3]. Ainsi l’Etat, tant dans les affaires nationales qu’internationales fait vœu de prétérition.

 

III/ La nécessité et l’offensive des Etats face à la mondialisation

 

A. Avec ou sans Etat

 

  • La société contre l’Etat

 

De Tocqueville au néolibéralisme contemporain, nombreux sont ceux qui ont dénoncé et dénoncent la tendance de l’Etat moderne à investir des sphères de plus en plus larges de la société civile. Dans Du Pouvoir, Jouvenel, invalide l’émergence d’un Etat « socialiste » omnipotent qui a tendance à régir et à rationaliser la totalité de la société civile. Au même titre que Weber il accuse la bureaucratie de l’Etat et le monopole étatique sur les appareils de contrainte. De même John Stuart Mill, dans son livre De la Liberté, s’érige, au nom des libertés individuelles, contre le despotisme de l’opinion majoritaire. Tandis que Pierre Rosanvallon démontre la déresponsabilisation individuelle à laquelle le welfare state a mené. A ces remises en cause vient se greffer l’utopie défendue par certains tenants de l’économie libérale : celle de sociétés modelées par un système de marché international qui se régulerait lui-même. En outre d’autres mettent en avant que la perte du pouvoir de l’Etat n’est pas nécessairement regrettable, et comme l’a montré l’histoire, il peut être un ennemi plus grand de la société que les forces du marché. Le fascisme (qui selon Jean-Louis Bauer est synonyme de statocratie, comme l’ont illustré les régimes mussoliniens et franquistes) et l’hitlérisme et paradoxalement le communisme ont montré le risque d’une trop grande autorité conférée à l’Etat. Toutes ces critiques concourent à une limitation de la souveraineté qui demeure plus que jamais actuelle. Le discours libéraliste, et derrière lui le modèle anglo-saxon, fait recette dans de nombreux pays, y compris ceux qui jusque là avaient gardé une certaine protection sociale (la politique du gouvernement Aznar, Raffarin, Berlusconi, etc.). Une redéfinition des compétences de l’Etat se fait jour, phénomène accentuée par la décentralisation et la régionalisation, et qui doit tenter de s’affranchir de la fausse alternative libéralisme / protectionnisme.

 

  • Du nationalisme à l’intégrisme

 





[1] L’Etat séducteur, Régis Debray

[2] L’Etat séducteur, Régis Debray

[3] Et à ce jeu, notre actuel président de la République est passé maître.

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